LAURENT LACOTTE

TEXTES/TEXTS

 

Le travail de Laurent Lacotte, investissant sans relâche de nouveaux médiums, de nouvelles formes, de nouveaux contextes, se donne d’emblée comme hétérogène, et se joue des tentatives de capture.
{…} C’est qu’une friche portuaire sibérienne et un musée, un café désaffecté et des sous-bois, le parc d’une maison de retraite et le bitume de la cour de récréation d’un lycée, constituent pour l’artiste autant de matières premières à partir desquelles faire naître un scénario. En superposant ce qui fait contexte à ce qui fait matière, en faisant du contexte une matière où le travail s’origine, Laurent Lacotte accepte d’être coauteur d’un travail qui devient le lieu d’une rencontre entre une situation, ses protagonistes et l’artiste comme catalyseur. Le « faire avec » qu’introduit l’artiste n’est pas un pis aller, il est le principe même du travail. Si Démocrite nous met en garde contre la parole, « ombre de l’acte », il y a chez Laurent Lacotte un étrange silence qui permet l’apparition de la parole d’un autre, et la coexistence entre la relation et l’action, entre l’observation et la participation.


Jean-Christophe Arcos, 2014.

 

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Upgrade, 2016 - In progress

Peinture aérosol or sur grilles métalliques.
Dimensions variables

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Lorsque l’on évoque le travail de Laurent Lacotte, c’est très souvent pour le définir par le biais de l’installation in situ.

Pourtant, ce n’est pas tant cette notion qui devrait le spécifier mais bien mieux la capacité de l’artiste à s’emparer d’un inattendu pour le sublimer à travers une action, un presque rien qui lui permet d’en faire émerger les qualités poétiques.

Laurent Lacotte ne cherche ainsi pas les lieux et moments qui lui permettent de créer, ce sont eux qui viennent à lui lors de ses déplacements.

Car l’une des pratiques récurrentes de l’artiste a trait à la déambulation ou plutôt à une certaine flânerie, proche de l’errance. Cet état volontaire, lui permet, au travers des trajets effectués, d’aller à la rencontre des gens, de partir à la découverte d’un élément, d’une perspective qui sera le déclic d’un geste artistique, d’un geste poétique s’autorisant à rendre visible l’invisible. Tout ici devient alors question de point de vue.

S’approprier un espace, notamment l’espace public, c’est une manière de se sentir chez soi un peu partout.
C’est aussi interroger ses règles.

Par ce biais, la lecture du paysage de Laurent Lacotte bascule dans une parole plus politique et déborde largement le terme de ses actions questionnant notamment notre rapport au monde et à l’histoire.

Vincent Verlé, 2016.
Openspace

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Habiter, 2017

Bois, métal, plastique, parpaings.
--> Habitat d'urgence d'après les plans de Médecins Sans Frontières
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320 × 210 × 230 cm

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Pour répondre à la commande du parcours artististique ARTERE qui consistait à redynamiser les centres bourgs du pays Val-de-Garonne-Guyenne-Gas conne, Laurent Lacotte a décidé d’installer une cabane pour migrants en suivant les plans de celles de Médecins sans Frontières dans le village de Lauzun.

Son emplacement final dans le village n’a pas été évident. Il a soulevé beaucoup de questionnements et a témoigné d’une réalité compliquée lorsqu’il s’agit de placer un refuge dans l’espace public.
Initialement prévue au pied du château de Lauzun, Laurent Lacotte a dû chercher un nouveau lieu pour cet abri lorsqu’il a appris le refus des propriétaires à accepter la cabane à proximité de leur faste demeure.
Il aurait pu se retrouver au coeur du village. Mais, là encore, elle risquait de se se fondre dans l'ambiance de chantier des rues actuellement en travaux. Finalement, l'abri d'urgence a trouvé sa juste place en contrebas du village sur la presqu’île du petit lac municipal.

Lorsqu’on veut redynamiser un espace urbain, il n'est pas rare de faire appel à des artistes amenés souvent à se substituer aux acteurs locaux.
Mais ici, c’est justement l’artiste qui propose de nouveaux acteurs. En choisissant de convoquer les populations migrantes et en redéfinissant les rôles, il propose une autre solution. La population stigmatisée prend alors le relais et joue la carte de catalyseur là où tout le monde à échoué.
Mais au lieu de raviver la flamme des aprioris, Laurent Lacotte insuffle un courant de romantisme sur la la thématique des flux migratoires. Toute la douceur de ce phénomène prend source à l'emplacement précis de la cabane. Située au pied d’un saule pleureur, entourée d’eau, elle s’inscrit dans le paysage comme un lieu de rendez-vous, un point de rencontre.
D’une contrainte à une autre, cette cabane MSF s’inscrit maintenant comme un nouveau lieu de protection à l'écart des zones de conflits en évoquant l'une des fonctions initiales du château situé à moins de deux minutes à pieds, celle de refuge pour les populations locales en temps de guerre.
Par ailleurs ce projet n’est pas sans rappeler l’histoire de plusieurs villages en Italie qui ont repris vie grâce à l’arrivée de migrants. Les échanges humains ont réactivé le lien social là où il n’y avait plus d’espoir.
En faisant travailler sur ce projet un lycée professionnel spécialisé dans les sciences de l'habitat, Laurent Lacotte a suscité des interrogations et a déplacé le regard porté sur les populations en exil.

Bien plus qu’une réflexion, ce projet permettra à tous les habitants de s’approprier physiquement une architecture inaccessible et d'évoquer la condition de femmes et d'hommes visibles habituellement que par le spectre médiatique.
Ainsi, nous pouvons prendre possession concrètement d’une image qui était jusqu’alors cantonnée à notre imaginaire collectif.

Maylis Doucet, 2017.

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Soledad, 2016

"Soledad", 2016
Sérigraphie sur sperme.
21 x 29,7 cm --> 30 ex
Franciscopolis Editions

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Laurent Lacotte a, une année durant, sur des périodes ponctuelles de célibat, collecté son sperme en éjaculant sur des feuilles de papier machine. Peut être par lubie, par humour, ou par provocation envers la fétichisation des œuvres et de l'acte créatif par les artistes. En travaillant avec "ce qu'il a sous la main", Laurent Lacotte semble vouloir répondre à ceux qui penseraient que "l'art, c'est de la branlette" en les prenant au mot.
Mais derrière le jeu de mot potache et tendre, le process de création de Soledad (Solitude en portugais) cache l'envie pour l'artiste de réaliser une édition d’œuvres sérielles et uniques. Les traces de l'éjaculat séché sont toute différentes, elles sont toutes plus ou moins recouvertes par le même chiffre 1 sérigraphié.
Le 1 comme symbole de la solitude, qui vient à la fois rappeler le recommencement continuel du cycle du désir, de jouir, de créer, mais aussi s'inscrire en opposition à la nomenclature des œuvres éditées en série.
Laurent Lacotte viendrai t'il alors interroger la capacité des artistes à rendre unique le geste reproduit? Ou serait il en train d'essayer de recycler le temps égaré du plaisir coupable pour lui redonner de la valeur?

 

Raphaël Charpentié, 2017.

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Ars Memoriae, 2016

72 règles de maçon en aluminium coupées en deux, béton.
1440 x 1320 x145 cm

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"Remettre en jeu, Mettre en échecs."

La collaboration dans le cadre d’un projet comme "Ars Memoriae" brouille les pistes : les pistes du connu comme de l’inconnu. Si la forme contredit quelque peu le sujet, sa vivance et existence contredit elle même cette non forme. Le dispositif est mou, tangible, sous couvert pourtant d’emprunter l’écriture visuelle du cimetière militaire (un cadre normé plus que rigide au demeurant).
Tout est mouvant au pays de Laurent Lacotte : l’écriture, le titre, la façon, la facture, rien ne peut être attendu.
Le résultat est pourtant espéré.
Une glissière vient consolider le fil des étapes du projet. Un rail confortable et réconfortant, invisible et pourtant très présent. Entrer en mouvement dans un processus dirigé, telle est l’invitation que nous fait l’artiste, prenant ainsi le contrepied de l’invitation curatoriale au sens le plus classique qui lui avait été faite.

Une fois sortie de terre, l’œuvre comme enraillée dans son processus -qu’est celui qu’impose le format événementiel- ne cesse de s’agiter. La norme n’est plus la norme, l’espace de monstration n’est plus sacralisé. Plus rien n’est important mais l’instant devient essentiel.
L’inconnue que dessine Laurent Lacotte prend alors forme, dans le magnétisme que l’espace installe. Convoquant des images mentales, -process non sans évoquer le conatus de Boris Achour- , il projette visions passées et futures au sein d’une installation bien présente. Les corps se mettent en action, possédés par des désirs et angoisses qui ne leur appartiennent déjà plu. L’état d’urgence et d’interdit suggéré par la mise en lumière est transgressé.
L’art devient terrain de jeu et échappe à ses commandements. Lâcher prise, observer et jouir deviennent alors une réponse. L’œuvre n’est plus là pour être comprise ou intellectualisée. Le moment est suspendu, les théories en lévitation.

Le souvenir de cette expérience pourtant perdure, comme le fantôme d’une chorégraphie bien orchestrée...

Cécile Cano / Tropismes, 2016.

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Le titre de l’installation de Laurent Lacotte, "Ars memoriae", « art de mémoire », diffuse sa double charge mémorielle. La première est celle d’une oeuvre, "Un moment donné", de Pierre Labat, produite pour Baleapop6 (2015), dont il remploie le matériau : 72 règles de maçon en aluminium, dédoublées par la découpe. Il émet ainsi une réponse jusqu’au-boutiste à l’invitation curatoriale de l’édition 7 du festival : formuler des déplacements d’oeuvres, rejouées en tout ou partie selon de nouveaux postulats de monstration. Puisque l’oeuvre ici rappelée n’est pas la sienne, qu’il se saisit des restes d’un(e) autre, le reconditionnement n’est plus temporel, ou spatial, mais substantiel. La question n’y est plus l’appropriation de matériaux manufacturés, mais de matériaux déjà sujets d’oeuvre. Laurent Lacotte leur refuse l’inaltérabilité, soulève ce doute : la matière n’étant pas la qualité nécessaire et suffisante de la pièce, aucune déférence ne lui est due a posteriori. La substantifique nature de l’oeuvre reste fatalement attachée à sa seule situation de production, ce postulat mortifère l’empêchant de durer.

L’autre charge de mémoire de l’oeuvre est liée à son ordonnancement : référence aux cimetières militaires, à leurs stèles uniformes fichées dans la terre, à leur rythme quai systématique, à l’ombre des arbres. Dans cette mise en abyme du souvenir d’une forme chargée du souvenir de personnes, aucun indice ne permet de lier ces réminiscences à des noms. La mémoire est générique, celle qui permet de nommer « cimetière » tout lieu de sépulture, quelles que soient ses singularités. L’on peut ici rappeler l’origine de l’expression "art memoriae" : méthode mnémotechnique d’apprentissage en usage dès l’Antiquité, consistant à déambuler imaginairement dans un bâtiment dont les pièces sont les gardiennes d’éléments visuels ou langagiers. Visiteur de ce lieu en rêve, l’orateur se rappelle des parties de son discours dans les salles qui se succèdent. Explorateur de ce paysage en pente, le festivalier projette sur ces règles métalliques ses propres souvenirs de nécropoles, soumettant ce champ fixe à l’épreuve de son mouvement de foule partiellement mécanique. L’apparence de la surface présume d’une occupation du sous-sol : mirage tremblant d’une stratification. La qualité de miroir trouble du métal renvoie l’événement à son accumulation de silhouettes en libre circulation, jouant à des jeux de vie, déjouant les fins possibles du divertissement.


Audrey Teichmann, 2016.

 

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Sujets, 2016

Jougs en bois et métal, peinture aérosol or.
Dimensions variables
Photo : © Remi Labarthe

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Artiste in-situationniste à l’esthétique polymorphe et aux préoccupations vastes, Laurent Lacotte produit une oeuvre formellement et théoriquement dense, dans laquelle se côtoient tout autant le béton que le néon, l’humour que la poésie, et toujours sous-tendue par l’exigeante volonté de révéler, de donner à voir comme à penser les tensions et les contradictions du monde contemporain. Sa démarche, qu’il déploie volontiers dans l’espace public, au coeur de zones intensément symboliques, mais qui conserve toute sa pertinence dans le white cube, se veut définitivement exotérique, tant dans ses manifestations que dans ses significations: le réel historique, le tangible du monde quotidien sont les matières premières d’un travail formel considéré avant tout comme un levier du discours. Bribes de fictions, fertiles amorces d’interprétations, ses oeuvres opèrent par confrontation conflictuelle ou aller-retours féconds entre l’art et le « reste du monde ». Manipulant malicieusement le hic & nunc éphémère de l’objet d’art ou sa restitution pérenne, Laurent Lacotte interroge moins le statut de l’art et de sa représentation institutionnalisée que sa capacité à provoquer une remise en cause de notre conscience collective, de notre espace historique partagé. Convoquant et réinterprétant avec récurrence les formes et les traces d’un passé hypothétiquement commun, il entretient un rapport soutenu à ce qui constitue la matière du patrimoine de nos prédécesseurs, à ce qui nous relie concrètement ou symboliquement à notre histoire.


C’est ce rapport singulier à l’héritage qui se manifeste plus sûrement encore dans l’exposition du même nom présentée à 5UN7: appréhendant une acception large du terme, Laurent Lacotte entend la notion d’héritage tant dans sa dimension intime, familiale ou génétique que politique et historique, et formalise le constat de leur inextricable lien. La transmission de valeurs, morales ou matérielles, peut aussi s’éprouver comme le legs d’un joug subi par ceux qui nous précédent. Maniant les restes de son patrimoine intime à l’aune des codes du design, de la guerre ou du capitalisme, il veut révéler par indices et jeu de relations la soumission douce et inconsciente de la doxa à des maux si ancrés qu’ils en deviennent fatalement acquis. Sous des dehors inoffensifs car rendus prétendument inopérants, les objets de Laurent Lacotte sollicitent néanmoins la réaction du spectateur en voulant engager une réflexion inévitablement politique. Oscillant entre spéculation fossile et fossiles spéculatifs, l’exposition HERITAGE, composée de travaux récents et d’oeuvres inédites, interroge notre position et notre possibilité d’action dans le monde que l’on a bien voulu nous laisser.


Arnaud Coutellec & Marc-Henri Garcia pour 5UN7, 2016.

 

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Oeuvres accessibles, 2014
Socles en médium, peinture acrylique, oeuvres d’artistes en divers médiums .
Dimensions variables
Vue de l’exposition , «OEuvres accessibles», La Graineterie, Houilles.
Une proposition et une scénographie de Laurent Lacotte
Production : La Graineterie, Centre d’Art Contemporain.

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A l’occasion de son exposition d’été, La Graineterie accueille Laurent Lacotte. Cette invitation, il la transforme en une carte blanche curatoriale expérimentale. Conçue autour d’une double intervention, au sein du centre d’art et dans l’espace public, OEuvres accessibles permet à Laurent Lacotte de poursuivre ses réflexions autour des codes et dispositifs muséaux ainsi que des modes de sacralisation des oeuvres. Déjà usité dans son travail, le socle prend ici une omniprésence fondamentale. Ce mobilier muséographique, qui s’oublie souvent au profit de l’oeuvre qu’il sacralise et protège, devient le centre de toutes les attentions, l’élément phare d’une scénographie atypique où Laurent Lacotte n’expose aucune de ses oeuvres. Ici, il se fait l’initiateur d’une proposition artistique singulière où d’autres protagonistes font oeuvres.

Dans la Galerie du centre d’art, les oeuvres de treize plasticiens se laissent à peine deviner, nichées aux sommets d’une forêt de socles. Sculptures, installations, oeuvres graphiques, sonores ou olfactives, créations spécifiques et in situ… : à chaque socle correspond une oeuvre et un artiste différents. Ici, comme dans la ville, le projet global de Laurent Lacotte repose et impose un protocole d’intervention artistique. A La Graineterie, les invités acceptent le principe de dissimulation partielle de leurs oeuvres par leur support, qu’impliquent le détournement et le changement d’échelle opérés par Laurent Lacotte sur les socles. L’artiste étend même son action jusqu’à recouvrir la vitrine du lieu d’exposition donnant sur la rue par du blanc de Meudon. De l’extérieur, le trouble s’installe. Le lieu est-il même encore en ordre de marche ? La communication même de l’évènement est construite de manière à minimiser les informations sur les oeuvres exposées. Ici l’art contemporain ne se livre pas dans sa totalité. Inaccessible « physiquement », il laisse une place prépondérante au regard ainsi qu’aux projections personnelles du visiteur.

A l’inverse, à l’extérieur, en trois points de la ville, des socles minimalistes aux dimensions traditionnelles accueillent les objets personnels des passants, élevés dès lors au rang d’oeuvre d’art. Si Marcel Duchamp estimait que, décider en tant qu’artiste d’exposer des objets du quotidien pouvait en faire des oeuvres d’art, Laurent Lacotte permet ici à tout à chacun de créer son Ready made, de se sentir artiste ou tout du moins acteur d’un projet artistique. Là encore, l’individualité de chaque visiteur est en jeu, faisant oeuvre dans la rencontre avec le processus de Laurent Lacotte.

Si les oeuvres situées au sein d’un lieu dédié à l’art sont inaccessibles et surtout dissimulées en partie aux yeux du public ou des passants, le contexte de l’espace public offre quant à lui la possibilité d’un acte artistique en accès libre.

Laissant d’autres que lui devenir les acteurs du projet tout en s’attaquant à la fonction traditionnelle du socle, Laurent Lacotte répond avec un regard amusé voire critique à l’inaccessibilité présumée de l’art contemporain. Artistes invités et publics se rencontrent alors au croisement des territoires de l’art et du quotidien. Se jouant des contradictions et des habitudes, Laurent Lacotte livre une exposition généreuse, pleine de sens mais aussi de questionnements dont il nous faut, plus que jamais, nous saisir : ne pas stationner, accepter de se laisser perturber, s’ouvrir aux différences, à l’autodérision.

Maud Cosson, 2015.
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Exposition du 24 mai au 19 juillet, à La Graineterie et dans la ville.
Une proposition de Laurent Lacotte.
Avec Hervé All, Pierre Andrieux, Raphaël Charpentié, Matthieu Clainchard, Fabrice Croux, Sara Conti, Myriam Mechita, Nicolas Milhé, Les Frères Ripoulain, Azzedine Saleck, Triin Tamm, Amina Zoubir.

 

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Welcome, 2014

Barnums sans ouvertures, lests.
1100 x 300 x 325 cm
Vues de l’exposition «Architectures d’urgence», Pavillon Vendôme Centre d’Art, Clichy.
commissariat : Guillaume Lasserre
Production : Pavillon Vendôme, Centre d’Art Contemporain

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Le Petit Larousse donne comme définition d’une tente, un « abri portatif démontable et imperméable que l’on dresse en plein air ». C’est aussi la forme la plus élémentaire de refuge lorsque l’on a besoin d’un asile. Un barnum est défini par le Petit Larousse comme une « grande tente à toit plat et à parois amovibles, utilisée lors de réceptions ou de foires ». C’est aussi un espace qui renvoie au festif, à la légèreté, au plaisir… Welcome, l’oeuvre que Laurent Lacotte a imaginée pour la cour d’honneur du Pavillon Vendôme lors de l’exposition «Architectures d’urgence» se joue de ces deux définitions.
L’artiste dresse en effet trois barnums centrés dans cette cour d’honneur, tentes de réception génériques, que l’on peut trouver partout où se tient un congrès, une foire, une cérémonie… Mais ces trois barnums se présentent chacun d’une couleur unie ; l’un bleu, le deuxième blanc, le troisième rouge. De plus, cette forme d’abri généralement ouvert sur un ou trois côtés se retrouve totalement clos, rendant l’espace intérieur obsolète. Dans ce lieu fortement marqué qu’est la cour d’honneur d’un ancien pavillon de chasse du XVIIIè siècle, l’oeuvre de Laurent Lacotte montre un double langage; d’un côté des barnums adaptés à ce lieu de prestige, prêts à accueillir une réception, de l’autre une vision contemporaine de la précarité, caractérisée par le titre même de l’oeuvre. C’est bien cela qui caractérise le travail de Laurent Lacotte. OEuvre imaginée in situ, spécifiquement pour le lieu, Welcome s’inscrit dans la droite ligne de ses réalisations, en invitant le visiteur à porter un regard critique sur notre monde. A la fois décalé et plein de poésie, le travail de l’artiste souligne les absurdités d’une société schizophrène en mettant en scène des représentations de prime abord anodines mais qui montrent toutes de légères altérités permettant de souligner ces travers.

Gulillaume Lasserre, 2014.


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Camouflage, 2014

Mannequins en résine, plastique et métal, tenues de camouflage en tissu et plastique, peinture acrylique.
Dimensions variables
Vues de l’exposition, Musée International des Hussards, Tarbes.
commissariat : Magali Gentet, Nicole Zapata
Production : le Parvis, Centre d’Art Contemporain
Photos : ©Laurent Lacotte et PixbyNöt

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Invité depuis plusieurs mois par le centre d’art du Parvis pour mettre en oeuvre sur le territoire tarbais un programme d’expositions et d’interventions « hors les murs », Laurent Lacotte a proposé un projet contextualisé répondant aux particularismes des lieux. Cette invitation fut ainsi l’occasion pour l’artiste de dresser un portait robot de la ville de Tarbes, une cartographie géographique et sensible de cette société urbaine, qui a donné lieu à la réalisation de plusieurs oeuvres et interventions : Dont une installation éphémère en centre ville de Tarbes présentant un cabinet de Voyance imprédictible, une exposition à Omnibus convoquant, non sans critique, la figure de Daniel Buren, un des plus célèbres artistes contemporain français, mais également une intervention éphémère dans le jardin Massey rendant un hommage humoristique aux gloires locales. L’exposition au Musée Massey, inspirée par son étonnante collection de costumes et d’uniformes de Hussards, est la dernière étape de ce parcours artistique hors les murs. Avec l’exposition Camouflage Laurent Lacotte dresse un parallèle entre l’histoire de l’art et l’histoire du camouflage militaire né en France lors de la première guerre mondiale. C’est en effet, durant la « Grande guerre » » que l’armée française utilisa la première les compétences de différents artistes cubistes tels Fernand Léger, André Mare ou Jacques Villon pour qu’ils appliquent au camouflage leurs techniques picturales. Confrontée en effet à une équation plastique similaire, « intégrer la figure au fond », la peinture de camouflage s’est immédiatement tournée vers le système qu’offrait alors le cubisme pour intégrer l’objet à son environnement en déstructurant les volumes, les contours et les plans. Ainsi des Cubistes, réunis en février 1915 au sein de l’armée dans une section spéciale appelée “camoufleurs”, firent passer cette technique militaire passive à une stratégie active qui prit durant la première guerre, puis pendant les suivantes, une importance considérable. Au sein des collections du musée, Laurent Lacotte disperse une série de 5 mannequins habillés de vêtements de camouflage contemporain : des « Ghillies Suit », sortes costumes végétaux aujourd’hui utilisés par les militaires pour se fondre dans des paysages naturels. Les mannequins ainsi costumés sont grimés aux couleurs des murs des salles dans lesquelles ils sont implantés et se fondent littéralement dans le décor… étant autant montrés que cachés. Ainsi, l’intervention de l’artiste dialogue discrètement avec les collections du Musée consacrées à l’histoire mouvementée des Hussards. Au-delà des ponts historiques et artistiques évidents tissés entre l’histoire militaire et l’histoire de l’art, cette installation interroge une certaine idée de la déshumanisation de nos mondes contemporains, avec en point de mire l’illusoire tentative d’échapper aux moyens de surveillance de contrôle actuels.

Magali Gentet, 2014.


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Nous, 2013

Grès rose, acacia.
140 x 90 x 5 cm
Vues de l'exposition "Spectaculaire aléatoire", Fiac.
commissariat Patrick Tarres
Production : Les Abattoirs, Frac Midi-Pyrénées

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{…} C'est au bout d'un chemin qui contournait un gros corps de ferme qu'après avoir perçu des sonorités évoquant l'accompagnement d'un rituel nous tombions sur une stèle porteuse d'une inscription lapidaire et élégiaque : NOUS.
Coutumier des matériaux précaires et des installations éphémères, Laurent Lacotte nous surprend avec ce monument de pierre gravé ; est-il commémoratif, funéraire ou religieux? C'est ici que commencent les questionnements riches et complexes que l'artiste aime induire par son travail d'instigateur poétique à la portée critique clairement assumée. Qui est ce NOUS? Nous tous, ou les hôtes de l'artiste qui vivent en collocation dans cette grande maison où chacun est sensé trouver sa place dans un vivre ensemble concerté? Si nous reprenons les mots de l'artiste, un postulat optimiste ne tient pas le choc. (Les utopies collectives, l'histoire nous le rappelle trop souvent, si belles soient-elles, sont vouées à la dissolution des groupes. Quels en soient les déclencheurs, les chemins jadis liés reprennent leur quête solitaire. En amour, dans le travail, mais aussi dans la séparation inévitable liée à notre condition mortelle). Les oeuvres de Laurent Lacotte ne sont cependant ni désespérées ni exemptes d'humour, elles fonctionnent plutôt comme des alertes. (Lors des médiations, je me revois dire au public : "Regardez cette stèle et voyez plutôt ce qui NOUS attend si NOUS ne saisissons pas le défi de vivre ensemble à bras-le-corps". Par ailleurs, j'ai souhaité que tous les membres de la colocation participent au projet dans son entièreté. Le graveur a donc gravé, l'ébéniste a donc réalisé le socle en acacia et les musiciens ont composé une boucle sonore de 1 min 13s). Minimale et froide, cette pièce convoque des sensations fortes et c'est en cela qu'elle est spectaculaire, la peur de la mort, la nôtre, celle des autres et de l'humanité toute entière, quoi de plus aléatoire que la mort. {…}

Patrick Tarres, 2014.
Catalogue "Spectaculaire aléatoire", Fiac + si affinité (14 édition), édition Afiac et les Abattoirs, Frac Midi-Pyrénées.


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Le bureau, 2014

Matériaux divers.
Dimensions variables
Commande publique : installation pérenne dans les locaux du Conseil Général de l'Essone, Courcouronnes.

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En octobre 2014 Laurent Lacotte a donné vie à un nouveau collègue dans les locaux de la direction de la culture du Conseil général de l’Essonne. Suite à un déménagement, il a été demandé à Laurent Lacotte de proposer une création pour ces nouveaux locaux dans un contexte particulier. En effet, la direction de la culture qui était au siège du Conseil général de l’Essonne a été implanté dans un immeuble administratif des années 80, entre une banque et une société d’assurances. Dans ce monde de travail à l’opposé d’un open space, tout le monde ou presque a un bureau individuel. Le 114 a été libéré et affecté à ce collègue fantôme avec un aménagement hors norme par rapport au mobilier mais tout à fait représentatif des envies de personnalisation d’un tel espace. Cartes postales, plantes vertes, revues, livres viennent donner les premiers éléments des goûts et de la vie de ce collègue. Depuis l’installation dans son bureau il prend de plus en plus corps. Il, puisqu’il s’agit d’un homme, choix collectif et choix évident dans cet environnement très féminin, fait beaucoup parler. Son nom aussi a été décidé de manière collégiale au moment de l’inauguration.Sa vie au bureau est devenue presque palpable. Il a reçu son lot de cartes de visite avec une fonction liée à une mission transversale. Une boîte mèl a été créée, il a aussi une ligne de téléphone et il réserve même des voitures pour aller à ses rendez-vous. Tout le monde nourrit cette fiction, tous ses collègues, réels ceux-là, participent à lui donner une existence. Il reçoit du courrier et une veste présente dans son bureau indique parfois qu’il est dans les locaux. Son bureau, très accueillant avec ses fauteuils et son canapé, est souvent utilisé pour les rendez-vous, générant une certaine surprise pour les invités. D’autres informations sur ce personnage viendront petit à petit. Verra-t-on la photo de ses enfants s’il en a, est-il marié et quels indices en donne l’information ? quel âge a-t-il ? organisera-t-on son départ à la retraite ou se suicidera-t-il avant ? Tous ces marqueurs de la vie au travail suivront aussi l’évolution d’une direction de la culture dans un Conseil général à l’heure de tous les doutes sur ce secteur d’activité et sur cette institution.

 

Didier Schwechlen, 2014.

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Le bureau de Jean-Patrick
Interroger le vide en rendant visible l’absence est une des thématiques qui traversent le travail de Laurent Lacotte ces dernières années. A rebours de Néant (2013), dans laquelle le néon rouge renvoyait à l’insignifianc
e de sa forme, l’installation Le bureau de Jean-Patrick propose un vide pour faire émerger le discours. L’installation présente un bureau inhabité au sein des nouveaux locaux de la direction de la culture du Conseil Général de l’Essonne. Il serait tentant de voir une référence aux autres œuvres de l’artiste dans le choix du mobilier – acheté chez Emmaüs – ou dans la décoration composée d’affiches et de cartes postales collées au mur ; mais l’artiste refuse l’intertextualité en impulsant par cette présence-absence l’élaboration d’une véritable fiction commune à tous les agents de la direction de la culture. Le bureau abandonné est seulement la partie émergée de l’œuvre. Il est en réalité le support de la mythologie que construisent les collègues de Jean-Patrick – eux encore présents. Donnant lieu à diverses opérations pirates comme la création de cartes de visites répondant à la charte graphique du département ou l’intervention des services techniques pour réparer le canapé défoncé de Jean-Patrick, ce bureau et son personnage deviennent un espace de résistance de la direction de la culture contre la direction générale – qui n’a d’ailleurs pas pris la peine de venir voir le résultat de la commande passée à l’artiste. L’œuvre se fait donc écho du recul de la culture dans les départements et plus largement dans l’institution publique ; car le bureau vacant de Jean-Patrick n’est pas le seul. Les postes sont de moins en moins renouvelés. Les temps partiels se multiplient. Les bureaux se vident. Pour autant, il n’y a aucune complaisance ni fascination morbide. La magie de cette œuvre réside dans la mise en lumière de ce qui reste après un départ : les mots des autres et le souvenir qu’ils composent. Ici, rien de désespérant, au contraire, il y a du jeu à défier les rouages des demandes interservices, de la vie à faire ses réunions ou prendre le café du matin dans le bureau déserté par Jean-Patrick, du désir de continuer de construire ensemble au sein de la direction culture. Laurent Lacotte avait enterrée la possibilité d’être ensemble avec Nous en 2013. Il semblerait que finalement l’utopie ne soit pas totalement morte. L’absence de Jean-Patrick relatée et nourrie par ses collègues affirme fortement que la parole partagée est le ciment de la culture.

Arthur Mayadoux, 2014
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Avis de tempête, 2013

Tubes de carton, bois, adhésif, cordes de chanvre, gyrophares, batteries.
1400 x 1000 x 600 cm
Vues de l'exposition, Rurart Centre d'Art Contemporain, Rouillé.
commissariat : Arnaud Stines
Production : Rurart Centre d'Art Contemporain
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La lumière orange éclaire l’espace d’exposition de manière saccadée. D’un peu partout le rythme des gyrophares anime la gigantesque structure tubulaire qui se dresse là, du sol au plafond, à travers tout l’espace. L’assemblage de milliers de tubes de carton quadrille le centre d’art pour former une architecture filaire omniprésente, un empilement de cubes qui matérialise le territoire qu’il occupe dans toutes ses dimensions. La lumière tournante des gyrophares (les mêmes que ceux que l’on trouve à l’arrière des engins agricoles) découpe l’espace au rythme des obstacles qu’elle rencontre, régulièrement, mécaniquement. Au fil de la journée et de la charge déclinante des batteries qui l’alimente, elle va décliner, cette lumière orange. Les gyrophares tourneront plus lentement, la lueur se fera plus faible, comme si la lassitude gagnait petit à petit le dispositif en place. Puis, pendant la nuit, les batteries seront rechargées, prêtes à affronter une nouvelle journée, jusqu’à la nuit suivante. Des cordes descendent du plafond. Au rythme stroboscopique des faisceaux lumineux, elles apparaissent ça et là dans l’installation, se confondant avec a colossale cage de carton. D’épaisses cordes de chanvre qui s’enroulent sur le sol. Des cordes à se pendre.
Cette œuvre, Laurent Lacotte tenait à la réaliser depuis longtemps et a trouvé à Rurart les conditions nécessaires et le contexte pertinent pour sa finalisation. Elle s’appuie sur une réalité sociale, le mal- être de plus en plus important de nombreux agriculteurs qui doivent souvent faire face à la fois à une situation économique qui se dégrade, à l’angoisse liée à un avenir incertain, à l’inquiétude de voir se perdre le patrimoine familial, à l’isolement et à la solitude affective parfois. D’après une enquête réalisée par l’Institut national de veille sanitaire en 2010, avec près de 400 cas par an le taux de suicide chez les agriculteurs est trois fois plus important que chez les cadres. La pièce monumentale de Laurent Lacotte trouve ses racines dans ce tabou. Les matériaux pauvres, communs, si communs qu’ils en deviennent invisibles au quotidien. Des matériaux dont la valeur marchande est dérisoire. Des matériaux interchangeables, bons à jeter. Comme ces hommes dont le travail de Laurent Lacotte met en évidence la condition sociale. L’œuvre de carton est périssable, éphémère et fragile.Prête à être détruite sitôt construite, elle semble faire écho à l’équilibre instable sur lequel repose le monde contemporain, où la précarité pointe pour beaucoup, au vent violent du libéralisme. Avis de tempête. Si le titre de l’exposition fait référence au monde agricole, pour lequel la tempête est peut-être vécue de manière encore plus dramatique dès lors qu’elle menace les récoltes, source de revenu annuel dont dépend la subsistance des familles, il renvoie aussi à une réalité sociale plus large, la tempête économique frappant, elle, sans relâche,sans distinction, sans frontière.

Arnaud Stinès, 2013.


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Buren n'expose pas, 2013

Tissu, parpaings, pieds de cinéma, halogènes.
Dimensions variables
Vues de l'exposition, Omnibus, Tarbes.
commissariat : Magali Gentet, Erika Bretton
Production : le Parvis, Centre d'Art Contemporain / Omnibus
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À l’invitation d’Omnibus, Le Parvis centre d’art propose à Laurent Lacotte de réaliser une exposition dans la vitrine du célèbre laboratoire de propositions artistiques contemporaines Tarbais.Depuis plusieurs mois en effet, Laurent Lacotte accompagne le projet hors-les-murs du centre d’art, tissant un réseau de partenaires qui accueillent expositions et autres interventions éphémères. L’espace public, les structures artistiques locales, mais également la sphère privée sont autant de lieux investis par les œuvres de Laurent Lacotte questionnant ainsi les relations que l’art contemporain tisse avec son environnement immédiat. Pour Omnibus, Laurent Lacotte convoque la figure d’un des plus célèbres artistes français, reconnu internationalement pour la manière quelque peu radicale avec laquelle il utilise depuis près de 50 ans un motif unique. À savoir des rayures à bandes larges, alternées noires et blanches ou noir et couleurs.C’est en effet en 1965 que Daniel Buren choisit d’utiliser un tissu industriel à bandes verticales alternées, blanches et colorées, d’une largeur de 8,7 cm. Partant des possibilités multiples offertes par ce support, l’artiste mène une réflexion qu’il transpose en peinture et en installation, interrogeant ainsi les modalités de création et de présentation de ses œuvres. Et plus largement encore, interagissant de manière directe avec l’environnement dans lequel il intervient.À une journaliste qui moquait son emploi systématique voire abusif de ce motif unique, Buren répondait : "Ce qu'il faut comprendre, c'est que je n'expose pas des bandes rayées, mais des bandes rayées dans un certain contexte, qui, lui, change sans cesse. Qu'elles soient imprimées sur un papier ou un tissu, gravées sur un mur ou sur des escaliers, qu'elles se trouvent dans un musée ou dans une rue, elles sont devenues pour moi un "outil visuel" dont la fonction est de révéler par son emplacement les caractéristiques du lieu qu'il investit. Ainsi, pour Laurent Lacotte convoquer Buren et sa pratique de "l’in situ" à Omnibus relève du clin d’œil artistique autant que du soutien aux structures fragiles faisant ainsi écho aux difficultés que ces dernières peuvent traverser en ces temps de crise : précarité, manque de moyens et nécessité de faire du « name dropping » afin de se donner plus de visibilité. Autant dire qu’avec Daniel Buren la gageure est relevée! Le titre de l’exposition, à prendre également au pied de la lettre puisque c’est Laurent Lacotte qui expose, évoque une manifestation que Buren a réalisée en 1967 au Musée d’Art Moderne de la Ville de Parvis dans laquelle l’artiste a décroché de l’exposition qui lui était consacrée, les peintures qu’il venait d’installer. Il rappelle également la célèbre formule de l’artiste selon laquelle il "n’expose pas de bandes rayées". Dans l’espace d’exposition, les six socles qui reçoivent autant de tissu rayé noir et blanc ne sont pas sans rappeler une des plus célèbres œuvres de l’artiste, Les deux plateaux : la polémique forêt de colonnes rayées noir & blanc installée dans la cour d’honneur du Palais Royal à Paris.Au sol serpentent éclairages et câbles, ils théâtralisent l’exposition dramatisant une scénographie faite de bric et de broc. Les socles sont en effet constitués d’une juxtaposition de parpaings trouvés dans les caves d’Omnibus et les éclairages font aussi partie des vestiges du lieu. À l’image de la démarche de Buren, les œuvres de Laurent Lacotte interrogent systématiquement le lieu qui les accueille et pour lesquelles elles sont conçues, révélant ainsi les particularités signifiantes de l’espace et de ses usages.

Magali Gentet, 2013.


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Ouvertures, 2013

Socles en médium, peinture acrylique, objets du quotidien.
Dimensions variables
Cité de l’Avenir, Paris
Production RIVP, Mairie de Paris
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{…} Dans le projet de la Mairie du 11ème, les deux temps, celui de la production avec les habitants et celui de la restitution par le biais de l’exposition, sont tenus face à face et à égalité : cette dialectique est maintenue, et l’opposition qui la fonde trouve sa réconciliation dans une mise en tension polaire de ces deux moments, puisqu’aucun d’eux n’est privilégié. Même s’ils se succèdent ils sont aussi importants l’un que l’autre. Avec ses cubes blancs installés dans le jardin commun, Laurent Lacotte propose aux habitants d’expérimenter par eux-mêmes le mode de légitimation qu’est le socle, comme métonymie du white cube, et de réinterroger par la pratique la notion d’espace d’exposition au sens large. En cela, son projet tient tout entier dans la mise en pratique de cet instrument culturel quasi-magique. Ce qu’il présente dans un second temps pour l’exposition, c’est la structure globale du processus, comme l’énonciation sèche des règles du jeu : les socles nus, coupés de leur usage et rendus à leur état d’idéalité pure, y tiennent la place de méta-objets. {…}

Clémence Agnez.
Catalogue «Ouvertures», Mairie de Paris, 2013.


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Statuaire publique, 2013

Carton, polystyrène, colle, bois, sable.
375 x 350 x 285 cm
Jardin Massey, Tarbes.
commissariat Patrick Tarres
Production : Le Parvis Centre d'Art Contemporain.
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L’installation Statuaire Publique est une oeuvre éphémère de l’artiste Laurent Lacotte installée en plein coeur de Tarbes, au jardin Massey, et constituée d’une accumulation de cartons semblant dessiner un paysage pyrénéen. L’intérieur des cartons révèle en creux différentes représentations, ou silhouettes,appartenant à la culture populaire et urbaine locale mais aussi aux beaux-arts et notamment à la statuaire publique. Ces formes sont en fait creusées dans le polystyrène qui remplissait initialement le carton,un peu comme si cette matière qui accuse l’extraction du motif pour n’en garder que l’empreinte nous ramenait à un fantôme d’image, à l’absence du modèle et en quelque sorte de l’oeuvre elle-même.
Tous les symboles de la ville y figurent : tels les nombreux Palmiers qui ornent le centre ville, le Cheval figure emblématique de la cité et de son Haras National, un Hussard combattantillustre des armées de Napoléon Ier et icône du Musée éponyme, la statue du Maréchal Foch natif de la ville, des armes et munitions produites jusqu’il y a peu dans les usines locales etc.
Et c’est ici que cette installation prend tout son sens, quand elle interroge avec une force évidente la place essentielle que l’art et l’artiste doivent tenir au coeur des vécus urbains.

Extrait du communiqué de presse de l'évènement.
Jardin Massey, Tarbes. Du 24 octobre au 5 novembre 2015.


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Moon, 2013

Résine vieillie en hangar agricole.
Ø 117cm
avec Raphaël Charpentié
Photos : ©Fabien Clerc

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«Moon» est une réalisation née d'une expérience singulière au coeur de la Dordogne. J'ai décidé en septembre 2013 d'investir un hangar agricole tombé en désuétude. L'arrangement passé avec la propriétaire, une agricultrice à la retraite vivant à proximité, visait à pouvoir disposer d'éléments entreposés dans ce hangar depuis plusieurs années afin de produire des oeuvres. Ceci à condition de mettre de l'ordre dans un fouillis s'étant densifié au fil des ans et de faire la cuisine sur les temps de présence. De cette démarche digne d'une «archéologie du quasi présent» ont été exhumés une multitude d'objets retraçant la vie et le labeur de la vieille dame et de son mari. Au delà de la dimension intime resurgissant du passé, c'est bel et bien un monde disparu qui fût convoqué mettant ainsi en exergue les mutations que nos sociétés ont pu traverser ces dernières décennies. Le hangar s'étant peu à peu transformé en un musée du temps qui passe s'est vu, une fois la phase de rangement terminée, le réceptacle d'expérimentations artistiques multiples. Des expérimentations teintées d'une certaine pudeur et d'un profond respect envers les fantômes rencontrés. C'est dans ce contexte que «Moon» fut réalisée. Ce couvercle de cuve à vin patiné par le temps a été retrouvé sous un tas de plus de vingt mètre cube de sable. Accompagné alors d'un autre artiste invité sur place, nous avons décidé de le montrer en l'état, de le nommer, lui conférant ainsi le statut d'oeuvre d'art. «Moon», initialement couvercle d'une cuve à fermentation de raisin, se voit à son tour transformé par l'alchimie artistique ; une alchimie née d'une volonté d'expérimentation, de partage et de certains heureux hasards.

Laurent Lacotte, 2013.


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ClairVoyance, 2013

Local commercial, vitrine, peinture acrylique, néon, machine à fumée.
Taille du néon : 98 x 23 cm
Vue de l'installation, centre ville de Tarbes.
commissariat : Magali Gentet
Production : le Parvis, Centre d'Art Contemporain.

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ClairVoyance est une œuvre installée dans un local commercial à louer de la rue Desaix, une des rues centrales de Tarbes. Annoncée par voie de presse locale et de flyers publicitaires, cette boutique se présentait comme un nouveau cabinet de voyance dans la ville. Mais, de la rue, on ne pouvait voir qu’un épais nuage de fumée qui obstruait la vitrine traversée par l’enseigne lumineuse en néon jaune de la boutique : ClairVoyance. Une vitrine impénétrable en quelque sorte, empêchant les badauds d’y voir plus loin que le bout de leur nez, un comble pour la destination annoncée de la boutique. L’installation de Laurent Lacotte réhabilite pour un temps donné, celui de l’exposition, l’une des nombreuses boutiques du centre ville tombée en désuétude. Elle affiche clairement le manque de voyance d’une municipalité pour le cœur économique de sa ville en période de crise. Elle met en même temps en lumière le lien parfois tabou que nous entretenons avec l’irrationnel. Cette œuvre voit le jour dans une période d'incertitude généralisée.

Extrait du dossier pédagogique de l'exposition "Camouflage", une exposition de Laurent lacotte au Musée international des Hussards de Tarbes, du 6 mai au 22 juin 2014.


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Coworking, 2015

Affiche sérigraphiée.
35 x 50 cm
Affiche N° 128 de la collection ART? éditée en sérigraphie par Alain Busye.

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{…} Nous voulons une Europe qui parle d’une seule et même voix, mais dans toutes ses langues, de toutes ses âmes.” clamait Fernando Pessoa.A l’heure où l’utopie se heurte aux tensions du réel, qu’en est-il de notre co-construction ? Des personnages lambda s’affairent à colorier un drapeau européen surdimensionné dont les contours sont dessinés sur le mur d’une ville européenne ou frontalière. Le matériel du peintre est mis à la disposition de chaque passant. Libre a quiconque de participer à sa façon en respectant ou non les règles du jeu. {…}

LL, 2015.


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Pine Needle Field, 2015

Aiguilles de pin, peinture, béton, métal.
2580 x 1050 cm
© Laurent Lacotte - Pierre Andrieux - 2015

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{…} Deux terrains de tennis abandonnés depuis plusieurs années dans les Landes. Tous deux recouverts par d’innombrables aiguilles de pins. L’idée fût de nettoyer l’un d’entre-eux en balayant méthodiquement la surface de jeu. Puis, à l’aide du tas d’aiguilles résultant de cette action, de souligner les contours de cet espace en rehaussant les limites au sol existantes. Une forme d’archéologie du quasi-présent redonnant vie de manière éphémère à un équipement public tombé en ruines. {…}

LL, 2015.


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Tribune, 2015

Sapin, métal.
435 x 435 x 85 cm
Production : Région Poitou-Charentes

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{…} Minimale, sobre et pourtant imposante, cette oeuvre nous donne un point de vue sur un quartier historique, elle nous élève pour prendre du recul, élargir le panorama. Elle nous invite à nous rassembler, à prendre de la distance ensemble. Elle naît dans un contexte global complexe et propose de nous interroger sur les notions de citoyenneté, de groupe et de rassemblement. {…}


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To the dusk, 2015

Materieaux divers.
830 x 305 x 400 cm

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"To the dusk" est une pièce réalisée peu après le décès de mes grands-parents maternels, anciens agriculteurs. Construite avec des objets provenant de leur hangar, elle convoque par l’hétérogénéité des matériaux utilisés, leur travail passé. Au sommet de l’échelle de meunier est installé un élément provenant d’un ancien pressoir à raisin. C’est à cet endroit que le soleil crépusculaire vient taper, se frayant un passage au travers des arbres qui constituent le petit bois qu’ils aimaient tant.

LL, 2015.

© Laurent Lacotte / Adagp -2015


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Last Lunch, 2014
5 plateaux de tables de 80 x 80 cm en bois massif, mélaminé peint et adhésif imprimé, vieillis en cantine désafectée.
Ancienne cantine STX de Penhouet, Saint-Nazaire.

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Les 5 plateaux de tables colorés ont été trouvés dans l’ancienne cantine Stx de Penhouêt en voie de destruction. Cette cantine fût pendant de nombreuses années le “ventre“ des chantiers navals de Saint-Nazaire. Plus de 2000 repas y étaient servis quotidiennement. Mon travail a consisté en une approche quasi archéologique du site alors fermé au public afin de recueillir les traces de ses usages passés. Après plusieurs après-midis consacrés à sillonner le bâtiment laissé à l’abandon, j’ai pu constater que certaines tables de la cantine n’avaient pas encore été volées ou détruites. Ces dernières se déclinaient en 5 couleurs distinctes. J’ai pris une table de chaque couleur, ai enlevé les pieds de chacune d’entre-elles pour en récupérer les seuls plateaux marqués par le temps. J’ai ensuite réalisé un accrochage sur le mur d’enceinte en parpaings.

LL, 2015.


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Un jour quand je m’étais balancé, 2014
Bois, métal, corde, tissu, béton.
Dimensions variables
Détail de l’installation (3 portiques fonctionnels)
Parc de la maison de retraite «L’alouette», Pessac.
commissariat : Anne Peltriaux, Corinne Veyssière
Production : Artothèque de Pessac, Communauté urbaine de la ville de Bordeaux
Photos : ©Gaëlle Deleflie

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{…} Nostalgie d’une enfance révolue qui resurgit peu à peu, réminiscences d’un passé traversé, l’installation «Un jour, quand je m’étais balancé» propose au visiteur de se plonger dans une expérience sensorielle singulière à travers une architecture émotionnelle. Placée dans le jardin de la maison de retraite de l’Alouette, l’oeuvre traverse avec poésie le retour à l’enfance.
La balançoire est le symbole par excellence du monde onirique lié à la jeunesse ainsi que du jeu. Le Rocking Chair quant à lui, accolé à une notion de confort, est encore aujourd’hui fortement associé aux personnes âgées.
A la dimension de vanité et à l’écrasement progressif de l’enfance, transparait celle du jeu, de l’envol et de liberté. La puissance de l’imaginaire et du sensible sont au coeur de l’oeuvre.
L’installation renverse aussi les codes du temps : la fin cède sa place au commencement, la vieillesse à l’enfance. {…}


Extrait du communiqué de presse du parcours «Les Arts aux mur et aux champs» à Pessac, du 14 juin au 27 septembre 2014 dans le cadre de l’Eté métropolitain.


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